L’ALIMENTATION D’UN IRONMAN : JEREMY LAW ET PIERRE ALLARD

Pour réussir un triathlon de distance Ironman, il faut d’abord beaucoup de motivation, de la discipline, du temps et, avouons-le, une douce folie! On doit aussi évidemment atteindre une excellente forme physique, mais aussi suivre un régime alimentaire adapté aux disciplines et types d’entraînement en cause.

Pour Jeremy Law, chiropraticien, triathlète expérimenté (trois Ironman, six Ironman 70.3 et des douzaines de triathlons sprints et olympiques) et ultramarathonien, la nutrition est essentielle à son bien-être et à la réalisation de ses performances.Pour Pierre Allard, préparateur physique des Canadiens de Montréal, le triathlon est source d’adrénaline.

En quelques questions, voici des détails sur leur préparation :

Q. :

Avant de consulter un professionnel et de prendre conscience que la nutrition pouvait vous aider à performer et récupérer dans vos entraînements et compétitions, comment gériez-vous vos apports alimentaires au quotidien?

R. : J. L.

Tout d'abord, je me suis rendu compte que je devais manger et boire pendant la partie en vélo et apprendre à m’alimenter davantage pendant la portion course à pied lors des compétitions et entraînements de longue distance. Cela m'a permis d’améliorer ma performance en triathlon. Quelques années ont été nécessaires pour déterminer quels types de gels et de boissons sportives fonctionnaient dans mon cas. Lorsque j’étudiais la chiropratique à Toronto, j’ai commencé à réaliser l'importance de la préparation précédant l’effort physique. J’étudiais à temps plein et je travaillais à temps partiel, de sorte que mes entraînements devaient être efficaces. Si j’étais fatigué ou affamé, l’entraînement devenait une grande perte de temps. J’ai constaté que, en ayant un sommeil suffisant tout en prenant soin de récupérer et de mieux manger avant mes entraînements, j’obtenais de plus grands bénéfices sur le plan de la performance. Par contre, entre mes entraînements, je mangeais comme un étudiant type, malgré l'éducation que je recevais en matière de vie saine!

R. : P. A.

Pour ma part, c’est vraiment le besoin de ne pas manquer d’énergie, de ne pas subir de crampes et d’avoir du plaisir lors de cette épreuve qui m’a amené à te demander des conseils de nutrition.

Q. : 

Vous souvenez-vous d’une expérience négative, d’une anecdote ou d’une péripétie qui vous est arrivée à cause d’une mauvaise gestion de votre alimentation avant ou pendant une course?

R. : J. L.

C’est arrivé à mon premier Ironman 70.3 à Cornerbrook (Terre-Neuve), une épreuve très semblable à l’Ironman Mont-Tremblant de cette année. Trois jours avant l'événement, la température et l'humidité ont grimpé au-dessus de 35 degrés sur la côte Est. Aucun participant de l'Est du Canada ou des États-Unis n’avait expérimenté de telles conditions météorologiques. Je me souviens de ma cadence à vélo, très rapide par rapport à mon expérience de l'époque. J’étais heureux de commencer la course et de rattraper mon meilleur ami, qui m’avait devancé de quelques minutes. Dès que je suis descendu de vélo, je me rappelle avoir eu les pires crampes musculaires de ma vie : mollets, quadriceps, ischio-jambiers, aines et abdominaux en même temps! J’avais à peine mangé en roulant et je pense que je n’avais bu que deux bouteilles d'eau pendant tout le parcours de 90 km, malgré la température... Je boitais dans la tente de transition, pensant que je serais contraint de marcher durant toute la course et que je ne pourrais pas courir avec mon ami jusqu’à la ligne d'arrivée... Or, tout à coup, je le vois, en train de vomir dans les buissons tout en se massant les jambes crampées! Apparemment, il avait le même plan de course que moi… une très mauvaise préparation à une course dans la chaleur et l’humidité!

R. : P. A.

Comme j’ai consulté dès le moment où j’ai pris la décision de faire un Ironman, je n’ai pas eu de mauvaise expérience.

Q. :

Sachant que la dépense énergétique durant un Ironman est impressionnante, comment as-tu géré les aliments et boissons que ta nutritionniste et toi aviez planifiés en prévision du parcours? As-tu réussi à suivre le plan établi?

R. : J. L.

Ma nutritionniste, Ariane Lavigne de VIVAÏ, m'a aidé à établir ma stratégie nutritionnelle en prévision de mon Ironman. Le but, c’était que mon expérience soit aussi agréable que possible et que je performe au maximum. Nous avons trouvé les « trous » dans mon plan et déterminé des stratégies pour les combler. Elle a examiné la valeur nutritive de chaque aliment et boisson disponibles et la quantité que je prendrais, puis déterminé que mon apport en sodium était bien inférieur à mes besoins personnels. Quelques jours avant la course, compte tenu de la température chaude et humide annoncée, elle m'a encouragé à apporter encore plus de capsules de sel avec moi en vélo.

Q. :

Quel conseil donnerais-tu à une personne qui débute en triathlon et qui vise une première compétition de longue distance?

R. : J. L.

Je conseillerais d’abord à un débutant d'introduire progressivement une petite quantité d’aliments et boissons à ses entraînement, afin de finir par être en mesure de manger et de boire adéquatement lors de sorties plus longues. J’entends trop souvent les gens dire qu'ils ont des problèmes digestifs en compétition ou pendant leur entraînement s’ils essaient de manger quelque chose. Souvent, la quantité consommée est trop grande lorsqu’ils testent l’aliment pour la première fois. Essayez de petites portions ou de petites quantités de boisson pour commencer et, si tout est bien toléré, passez à de plus grandes quantités la fois suivante… Un système digestif, ça peut aussi s’entraîner! Et consultez un nutritionniste du sport pour vous aider à planifier votre saison!

R. : P. A.

Il faut avoir un bon plan d’entraînement et surtout se préparer à l’avance. Trop de gens commencent leur préparation trop tard. L’alimentation est certes importante, mais un plan d’entraînement adéquat et adapté à vos forces est aussi indispensable.

Bonne chance!

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